Comment transformer la perception et la valeur d’un objet sans le modifier ?
Mon précieux
Vous rentrez d’une expédition au bout du monde, après des semaines de marche, de tempêtes et de nuits à la belle étoile. Au fond de votre valise, soigneusement protégé, se trouve votre trésor : un spécimen rarissime, jamais vu en France, peut-être même jamais observé par personne : le Papiervore !
À présent, une mission vous attend : le révéler au reste du monde. Imaginez que vous préparez une exposition exceptionnelle. Concevez un dispositif de présentation* qui accueille votre découverte et la met en valeur, pour que les visiteurs aient l’impression de voir quelque chose d’unique, mystérieux et précieux.
Contrainte : L’insecte reste inchangé (on ne le modifie pas).
Techniques et matériaux au choix
Travail par groupe de deux
VOCABULAIRE
Un dispositif de présentation est l’ensemble des choix matériels et spatiaux utilisés pour montrer une œuvre (support, emplacement, orientation, éclairage, distance, parcours du regard), afin de diriger la perception du spectateur et de donner du sens à ce qui est exposé.
Exposer : Installer ou présenter à un public de manière à attirer l'attention et le regard.
Présentation : Manière de donner à voir une œuvre, qui implique des choix techniques lors de la réalisation et des choix de mise en espace ou mise en scène pour l’exposition ou la diffusion. Question devenue fondamentale dans l’art des XX et XXI siècles.
REFERENCES ARTISTIQUES
Les cabinets de curiosités étaient le plus souvent des pièces consacrées à la conservation et à l’exposition d’objets rares, étonnants ou précieux ; ils pouvaient aussi prendre la forme de meubles dotés de tiroirs et de compartiments. Leurs origines remontent au XVe siècle, mais les cabinets de curiosités au sens propre se développent surtout à partir du XVIe siècle, d’abord dans les milieux princiers et aristocratiques, puis chez certains marchands et savants européens.
Scarabattolo, trompe-l’œil de Domenico Remps, 1690, Museo dell’Opificio delle Pietre Dure
Véritables ancêtres des musées, ils rassemblaient sans classement strict des objets de nature très diverse : antiquités, médailles, œuvres d’art, instruments scientifiques, animaux naturalisés, insectes, coquillages, fossiles, herbiers, squelettes ou minéraux. Ces collections cherchaient à nourrir la curiosité, à favoriser l’apprentissage et à mettre en valeur la culture comme la richesse du collectionneur.
La mise en regard et en espace :
Présenter c’est donner à voir. Etudier la présentation c’est découvrir les dispositifs et les stratégies conçus pour donner à voir et à ressentir.
Le mur, le cadre, le socle et le cartel participent à la présentation de l'oeuvre en la mettant en valeur.
Le radeau de la Méduse par Géricault au Louvre, Paris
Constantin Brancusi, Muse en marbre blanc,1912. Socle en bois vers 1920
Le cadre impose une limite au regard du spectateur et isole l’œuvre de son environnement ; de même, le socle élève la sculpture, la dégageant de la banalité pour la hisser vers un espace séparé du notre. Le cadre, le socle ainsi que le musée participent à la sacralisation de l’œuvre.
Marcel Duchamp, Fontaine, 1917
Un objet banal peut changer complètement de statut quand il est choisi, isolé, orienté autrement et présenté comme important.
Le cartel est une étiquette, une sorte de carte d’identité apposée à côté d’une œuvre. Il comporte nécessairement le nom de l’artiste, le titre de l’œuvre, l’année de réalisation, la technique, les dimensions et le nom du propriétaire.
La vitrine, le caisson, l'écrin ou le coffret, la lumière :
Jeff Koons, New hoover Convertibles, green, red, brown
Christian Boltanski, Vitrines de références, 1972-73
Les Vitrines de référence, réalisées par Christian Boltanski entre se composent d’éléments divers tels que des manuscrits, agendas, photographies d’identité, morceaux de sucre taillés, cheveux et petites armes précaires élaborées par l’artiste. Ces objets, placés dans une vitrine, s’apparentent à un inventaire, d’où l’on peut percevoir l’influence du musée de l’Homme, fréquenté par l’artiste. Les éléments en présence dans les Vitrines de référence sont fictionnels : il s’agit d’objets récupérés ou fabriqués par l’artiste quelques années auparavant. Ce qui est important, selon Christian Boltanski, n’est pas le véritable témoignage de son enfance, mais le récit et les connexions que le spectateur peut établir, construire à partir de ces objets-documents. « L’œuvre d’art ne parle forcément que de soi, mais soi n’a aucune importance, ça devient chacun ».
La mise en scène de l'oeuvre et la relation au spectateur:
Hubert et Jan Van Eyck, Adoration de l'Agneau mystique,
retable, 1432, huile sur bois, 3,5 x 4,6m, Gand, Belgique. (polyptyque fermé)
Un retable (du latin retro tabula altaris : en arrière d'autel) est une œuvre peinte ou sculptée, située derrière l'autel de l'église.
Retable de l'agneau mystique (polyptyque ouvert)
Le retable n'était ouvert que les jours de fêtes chrétiennes, laissant apparaître la richesse de ses illustrations peintes que ponctuellement dans l'année.

Retable de l'agneau mystique dans la cathédrale Saint-Bavond de Gand, Belgique
L’œuvre est désormais exposée derrière une vitre de six mètres de haut dans un espace à la température contrôlée. L’immense paroi de verre permet d’ouvrir automatiquement les douze panneaux du retable chaque matin et de les refermer le soir, afin que les visiteurs puissent voir l’ensemble des peintures, Le verre protégera les panneaux de la lumière directe du soleil et des températures irrégulières du bâtiment.
Le dispositif scientifique :
Mark Dion, Harbingers of the fifth seasons, 2014
Mark Dion, Cabinet of marine debris, 2014
Mark Dion est un artiste conceptuel américain qui emprunte aux sciences, à l’archéologie et à l’histoire naturelle leurs méthodes et leurs modes de présentation. Depuis les années 1990, il explore la manière dont nous collectons, interprétons et exposons la nature.
Ses œuvres prennent souvent la forme de cabinets de curiosités, de laboratoires, de réserves ou de vitrines de musée remplis d’objets trouvés, de spécimens, de livres et de débris. En reprenant ces dispositifs, souvent avec ironie, il questionne le pouvoir des institutions et les récits qu’elles fabriquent sur le savoir, l’histoire et le monde naturel.